14 janvier 2008

DE LA DEMOCRATIE COMME POLEMIQUE

Le consensus intellectuel établi depuis quelques années dans les pays occidentaux se rapporte à la crise du politique, et à la faiblesse de la démocratie représentative. Partout, des hommes et des femmes s’éloignent de la politique, des débats, des élections.

Avec les problèmes urgents qui demandent des réponses précises, il s’agit maintenant de reconnecter les citoyens aux vrais débats, à l’espace public véridique qui indique les solutions, le chemin et les obstacles.

Après être arrivé au bout de l’imperfection intrinsèque à sa nature, et à ses extensions, la démocratie veut et peut se renouveler, s’oxygéner, se remettre au cœur de la cité (polis pour nos chers grecs). Comment cela?

C’est ce qui a semblé se passer en France. Lors des élections présidentielles de 2007, plus de 85% des citoyens- électeurs- sont allés voter, après avoir suivi les débats et arguments de campagne, ce qui, pour un temps, signifiait le retour de la politique et de la démocratie au premier rang de préoccupations et des occupations citoyennes. A ce jour, aucune explication crédible n’a été donnée à ce regain des électeurs pour la politique.

Cela à raison, il faudrait tout au moins attendre les élections municipales du mois de mars 2008 dans le même pays, pour consolider et structurer les analyses et les perspectives relatives au réanchantement de la démocratie.

En attendant, une chose est certaine, les citoyens veulent une démocratie des hauteurs, marquée par des débats solides autour des questions essentielles qui ont trait au pouvoir d’achat, à l’emploi, à la sécurité…Ces débats devant être conduits par des hommes et des femmes ayant une consistance intellectuelle et politique assez élevée.

La France s’en est rapprochée lors des dernières élections présidentielles, mais depuis lors, la démocratie comme culture stagne face à la démocratie représentative marquée par l’emprise des syndicats, médias, parlementaires…

La preuve, les médias, par exemple, poussent le peuple à disserter davantage sur le style "bling bling" de Sarkozy, que sur le fond des réformes entreprises: autonomie des universités, service mininum, régimes spéciaux, lois TEPA...Lorsque le peuple s'en approche, l'on se presse à indexer la "baisse" du pouvoir d'achat pour illustrer l'echec du nouveau président.

Cette démarche caricaturale ressemble fort à celle entreprise dans les pays africains par les médias, qui analysent l'inefficacité d'un régime sous des monoprismes, sans autre forme de débats, en disqualifiant constamment les "petites actions positives" .

En cela, notre ex- pays colonisateur n’est pas loin de reproduire ce qu’il reproche aux pays africains : privilégier la démocratie comme polémique, en oubliant la démocratie comme culture.

La démocratie comme polémique signifie réduire son interlocuteur au silence, en l'obligeant à adopter son point de vue, celui des vérités établies sans débats, sans analyses, sans preuves.

La démocratie comme culture donne la part belle à l'autonomie du citoyen, à qui l'on confère les moyens intellectuels d'analyser les décisions prises et de choisir les programmes politiques les plus efficaces pour lui et sa progéniture.

Dans la démocratie de polémique, le monopole des débats est assuré par des médias, qui ont à leur tête des journalistes généralement talentueux, mais qui n'ont pas été formés pour avoir l'étoffe ou l'épaisseur intellectuelle des hommes d'idées.

Hélas, cette forme de démocratie risque de croître,car les médias sont toujours sous l'emprise des grands capitalistes.

Pour oxygéner les démocraties représentatives, il faudrait que le tiers des "grands médias" soit sous la tutelle du financement citoyen; en outre celui-ci devrait avoir la liberté de choisir les responsables de ses médias pendant les élections.

C'est l'une des pistes que je propose pour réduire l'emprise de la dictature des médias sur la démocratie.

Posté par batotchou à 21:46 - Commentaires [4] - Permalien [#]

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