07 janvier 2008

Peut-on encore être un modèle démocratique en Afrique?

Le Kenya, depuis les élections « réussies » de 2002 était considéré comme l’exemple à suivre par les autres pays africains ; ici et là l’on demandait instamment aux africains de s’inspirer de ce qui marche dans des pays comme le kenya ; 5 ans plus tard, dès le 30 décembre 2007, le modèle d’hier a failli et vacillé, suscitant ainsi découragement, exaspération de « tous les amoureux »  du continent.

Ce n’est pas la première fois que cela arrive, il n’est pas nouveau qu’un modèle créé dans un passé très récent sombre dans le contre exemple avec une vitesse imparable. Sans revenir sur les « anciens » modèles au risque de heurter quelques susceptibilités, j’aimerais questionner le concept de « modèle » en démocratie, dans le cadre africain.

Ce faisant, j’aimerais aussi suspecter la culpabilité de nos experts, surtout les plus émotifs et les plus généralistes, adeptes des formules ramassées et conçues à la volée.

Je fais ce détour vers eux, car lorsque l’on considère la précipitation avec laquelle ils ont hissé, prématurément, un ou plusieurs pays au rang de modèle, alors que l’expérience démocratique est très récente et limitée soit à un ou deux scrutins, l’on se demande les a priori idéologiques.  L’obstination des politistes africains à ériger des modèles n’est pas sans conséquence sur l’imaginaire politique des peuples. Car si chaque modèle, à peine être conçu chute, l’on peut devenir sceptique sur notre capacité à accéder à la démocratie.

Si le voisin que j’admire n’arrive pas à faire la démocratie chez lui, pourquoi devrais faire des efforts qui de toutes les façons iront droit au mur ? Le cercle vicieux ne se referme pas. Avant le « modèle » était l’occident, inaccessible pour nous, selon certains, car nous souffrions des maladies multiséculaires. Aujourd’hui le modèle d’à côté n’est plus inaccessible, il n’existe simplement pas.

Si l’africain peut penser ainsi une seule seconde, il est normal que son imaginaire soit bridé. Voilà pourquoi il faut secouer l’arbre du « modèle » pour laisser tomber les mauvais fruits et les feuilles sèches.

Tout en le secouant, il faudrait en poser une question plus radicale : quels sont les critères qui peuvent permettre à un pays de se considérer comme modèle ?

Dans la diversité, la complexité et la singularité des trajectoires politiques et démocratiques des pays africains, le concept de « modèle » peut-il être opérant ? Car pour l’être, il faudrait au moins deux choses : durer et résister, et irradier ses vertus démocratiques dans des zones encore hostiles au libre jeu politique.

Si ces deux conditions ne sont pas remplies, je me demande la pertinence que l’on peut encore trouver dans ce concept.

Pour avancer dans la voie de la démocratie, L’Afrique a-t-elle vraiment besoin des « modèles » précaires?

Posté par batotchou à 22:00 - Commentaires [8] - Permalien [#]

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